Pronation et supination : ouvrons le débat

Tu entends pronation et supination a tout va, et tu te demandes si c'est légitime ou une vaste blague nous ouvrons ce débat running du 21e siècle !
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Il y a environ 15 jours, l’équipe Fitmyrun s’est penchée sur le rôle du marketing dans le développement de théories plus ou moins vaseuses sur l’importance de l’amorti, du drop et des autres technologies qui parsèment vos chaussures.

Il y a 10 ans, beaucoup de monde courait déjà et peu de personnes se posaient la question : Suis-je pronateur, supinateur, voir neutre ?! Maintenant à chaque fois que nous discutons chaussures avec nos amis runners, nous entendons ces mots…

Mais est-ce vraiment important ? Est-ce que les chercheurs en biomécanique ont eu une révélation un matin sur l’importance de la pronation et de la supination dans les blessures ?
Quand vous achetez votre paire de chaussures, doit-on obligatoirement vous coller sur une machine pour analyser cette donnée ?
Est-ce un effet de mode, un élément vital, ou juste du marketing ?

Bref, nous avons voulu réfléchir à ce sujet et vous livrer nos réflexions


 

Pronation or supination ? Le runner : un Hamlet du 21ème siècle?

Pronation, supination Escroquerie ou vérité ?

Quel coureur n’a pas un jour entendu parler de la « pronation » ou de la « supination » au détour d’une conversation, d’un débat ou d’un conseil de vendeur ?

Que cela soit sur un blog, en magasin ou par un autre coureur, nous avons parfois l’impression que ce terme devient la clé de la performance running.
« Pronation et supination au niveau de l’appui du pied au moment de l’impact à la course » : est le sujet par lequel de nombreuses personnes vous recommandent telle ou telle paire de chaussures en fonction de cet aspect-là, ou bien même par rapport à votre type d’arche de pied !
Mais ils ont la plupart du temps tort !

Questionnement sur l’analyse de votre pied et votre foulée

« Installez-vous, je vais analyser votre foulée », « votre type de pied », ou bien encore « faites voir vos chaussures, je vais regarder leur usure ».
Telles sont les phrases que vous avez l’habitude d’entendre lorsqu’il s’agit de sélectionner une chaussure de run.

Vous êtes vous déjà demandé :

  1. Pourquoi il y a de cela quelques années personne ne vous demandait la même chose ?
  2. Est-ce que c’est parce que cette pathologie, la pronation ou la supination, est apparue depuis juste quelques décennies chez l’Homme ?
  3. Est-ce que nos revendeurs et médecins ont tout d’un coup pris conscience d’un mal qui touche plus de la moitié de la population de coureurs ?
  4. Pourquoi les chaussures pronatrices n’existent que depuis une vingtaine ou trentaine d’années ?

Si on y réfléchit un peu ça semble un peu farfelu ! Du jour au lendemain, nous aurions découvert une erreur biomécanique qui touche la majorité de la population et les grandes marques se seraient donné pour mission d’éradiquer ce fléau ?

L’analyse de votre pied et foulée en pratique

Dans les faits, on va tout de même vous proposer donc de monter sur un podoscope afin de connaitre l’empreinte de vos pieds pour réaliser ce que l’on appelle un « test statique« .

Dans quel but est fait ce test ?
Tout simplement pour voir si vous avez un pied dit « normal », « creux », « plat »; dans l’optique de vous préconiser une chaussure en fonction de votre type d’arche.

 

Passons maintenant à l’analyse dites « dynamique », là on va vous proposer de courir sur un tapis afin d’analyser comment votre pied se positionne lors de votre impact.

A ce moment-là, deux écoles :

  • École 1: vous courez pieds nus.
    La personne analyse votre positionnement du pied, l’analyse est donc faite sur les pieds nus et nous savons que notre biomécanique de course pieds nus est différente de celle chaussée (Article ) !
    Mais alors comment vont-ils traiter l’information que nous avons récoltée et la répercuter sur une chaussure correctrice ?
  • École 2 : vous courez avec une paire de chaussure de run « X ».
    Si l’on considère que chaque chaussure (avec système de contrôle et de gros amorti) est structurellement différente, alors comment peuvent-ils préconiser, à la suite d’un tel test, une chaussure plutôt pronatrice, supinatrice ou neutre puisque la foulée a pu être influencée par les matériaux installés dans la chaussure !

Quelques petites remarques :

  • D’après certaines études, 50% de la population possède un pied plat, 25% un pied creux et 25 % un pied medium (dit normal). Comment peut on parler de « normalité » alors que ce type d’arche ne représente pas au moins 50% ?
  • Trop peu de personnes vont vous demander si vous avez déjà l’habitude de courir sur un tapis de course à pieds. La course sur tapis sollicite différemment votre corps, tout comme un coureur de trail lorsqu’il fait de la route.
  • Trop de personnes vous faisant passer ce test vous demandent de courir et analysent votre foulée de manière directe et rapide. Juste quelques secondes d’observations, aucun temps d’adaptation au tapis (chaque tapis dispose d’un système d’amorti, de largeur qui lui est propre et auquel il faut s’adapter).
    Laisser courir environ 5/6 minutes avant d’analyser la personne serait plus judicieux, et également lui demander l’allure à laquelle il a l’habitude de courir pour le mettre dans les meilleures conditions de test.

 

A priori, neutre ou supinateur, même Nimbus 😉

La pronation ou supination un réel facteur de blessures ?

Nous allons commencer par citer quelques études (en anglais, désolé) prouvant qu’assigner une chaussure par rapport au type de pied ou votre type de foulée n’a aucune influence, voir une influence négative :

  • L’étude n°1 parue dans en septembre 2010 dans The American Journal of Sports Medicine : lien vers l’étude
    Dans le cadre de cette étude, des centaines de militaires se sont vus attribuer des chaussures de running de manière aléatoire, sans tenir compte de leur type d’arche (mais le type d’arche de pied était connu).
    Cette étude nous montre que peu importe le type de chaussures proposées aux différents types de coureurs, leur assigner une chaussure correspondant ou non à leur type d’arche de pied n’a aucune influence sur le taux de blessures. Il y a même, de manière très peu significative mais tout de même, un plus grand nombre de blessés chez les coureurs ayant reçu des chaussures pronatrices.
  • L’étude 2 parue en juillet 2011 : lien vers l’étude
    Dans le cadre de cette étude, 81 femmes se sont vu attribuer de manière totalement aléatoire des chaussures correctrices ou non et cela indépendamment du fait qu’elles soient pronatrices, supinatrices ou neutre. Elles ont été suivies pendant plusieurs semaines et l’analyse a été faite sur le taux de blessures reportées par ces coureuses.
    Une fois de plus, cette étude conclut que diriger un coureur vers une chaussure correspondant à son type de foulée n’a aucune valeur scientifique et pourrait même être préjudiciable.
  • L’étude 3 parue en juillet 2011 : lien vers l’étude
    Dans le cadre de cette étude, 927 runners, non professionnels, avec des foulées de toutes sortes se sont vues attribués des chaussures neutres pour la totalité des participants à cette étude.
    L’étude conclue que les coureurs n’ont pas eu significativement plus de douleurs lorsqu’ils étaient hyper-pronateurs, pronateurs, hyper-supinateurs, supinateurs ou neutres. Au contraire, les pronateurs étaient moins sujets aux douleurs que les neutres.
    La conclusion est donc identique aux autres études, aucune corrélation ne peut être faite sur l’assignation d’un type de chaussure en fonction du type de pied ou de foulée d’un pratiquant.

 

Voici également un article de blog écrit par un podologue recherchant « pourquoi les patients qu’il traite et bénéficiant de chaussures vendues comme protectrices sont autant voire plus blessés qu’auparavant ? »
Ses conclusions personnelles, basées sur de nombreux écrits et sur ses propres connaissances en tant qu’expert médical du pied, ont été que la pronation ou autres type de foulées ne sont pas plus à risque de blessures que les autres et que recommander une chaussure vis-à-vis de ces données-là n’a aucune valeur.

Vous trouverez en fin d’article toutes les références des études scientifiques faites sur le sujet.
Il est à noter qu’aucune étude n’a été trouvée en faveur des chaussures pronatrices ou supinatrices, ce n’est pas un choix de notre part mais si vous trouvez des cas étudiés en faveur des chaussures pronatrices et supinatrices pour la prévention des blessures alors n’hésitez pas à le partager avec nous en commentaire.

Sujets de discussion

Guilhaume de la team a lui aussi recommandé ce genre de chaussures auparavant, mais le fait est que dans son ancien emploi ce sont les marques qui forment les responsable et vendeurs, le biais commercial est donc facilement visible. Impossible à l’époque de trouver le temps de vérifier les dires de ces formations.
Quelques petites questions de réflexion qui peuvent ouvrir un débat sur le sujet, et auquel nous échangerions volontiers avec vous :

  • Pourquoi la pronation ou supination serait un mal pour notre corps ?
  • Le corps d’un coureur ne s’est-il pas adapté depuis les dizaines d’années où il a été pronateur ou supinateur ?
  • Comment une chaussure avec des renforts peut-elle corriger et prévenir les blessures pour à la fois un pronateur et un hyper-pronateur, qui n’ont donc pas le même « degré » de pronation ?
  • Pour quelles raisons des coureurs avec des records mondiaux en pagaille et étant pronateur ou hyper-pronateur ne portent pas de chaussures « adaptées » et pourtant n’ont pas de problèmes liés à cela ?

  • La pronation, la supination n’est-elle pas juste une réponse naturelle de notre corps pour éviter une onde de choc trop importante sur toute la remontée du squelette ?
  • Les chaussures avec de grosses semelles et pleines « d’amortis » n’influencent t elles pas davantage la pronation ou la supination lors de l’écrasement du pied au sol ? (au vu de la mollesse de la chaussure, notre pied s’écrase plus bas qu’il ne le devrait comparativement à une semelle moins importante).
  • Pourquoi des « vrais chaussures supinatrices » n’existent pas ? Rappelons que d’après ce que l’on nous dit la supination ne touche que 5% de la population. Une part de marché très faible mais qui pourtant devrait être un « problème » aussi important que la pronation.
  • Ne serait-il pas plus intéressant d’effectuer du renforcement sur nos pieds et autres muscles de la jambe, ou bien encore de solliciter plus souvent nos tissus afin de les habituer et les renforcer à « tenir » des ondes de chocs en sachant quantifier le stress que nous appliquons à notre corps (tout simplement en s’entrainant de manière régulière et progressive en écoutant son corps).

 

Une petite nuance …

Nous nuancerons tout cela par le fait que de la pronation peut éventuellement provoquer certaines blessures chez une minorité de coureurs.
Cependant la recommandation principale pourrait être de consulter un podologue connaissant bien le domaine du running et qui pourra traiter au mieux cela. Il n’est pas utile, en amont, de tenter de corriger une chose qui est naturelle pour vous et à laquelle votre corps est déjà habitué et qui, de surcroit, permet bien souvent de venir protéger votre impact au sol.
Il est également à noter que si vous possédez déjà une chaussure pronatrice, depuis plusieurs mois ou années, et qu’aucune douleur n’est présente alors mieux vaut ne pas changer vos habitudes.

 


N’hésitez pas à échanger autour de cet article, nous restons à votre écoute!

Les ouvrages liés à cet article :

The American Journal of Sports Medicine,September 2010 vol. 38 no. 9 1759-1767, Injury Reduction Effectiveness of Assigning Running Shoes Based on Plantar Shape in Marine Corps Basic Training, Joseph J. Knapik, Daniel W. Trone, David I. Swedler, Adriana Villasenor, Steve H. Bullock, Emily Schmied, Timothy Bockelman, Peggy Han, and Bruce H. Jones
http://ajs.sagepub.com/content/38/9/1759.abstract?sid=bf81eb89-4315-4663-b722-cc61c39bb04b

Nature – International Weekly Journal of Science Nature 463, 531-535 (28 January 2010), Foot strike patterns and collision forces in habitually barefoot versus shod runners ,Daniel E. Lieberman, Madhusudhan Venkadesan, William A. Werbel, Adam I. Daoud, Susan D’Andrea, Irene S. Davis, Robert Ojiambo Mang’Eni & Yannis Pitsiladis
http://www.nature.com/nature/journal/v463/n7280/full/nature08723.html

British Journal of Sports Medicine doi:10.1136/bjsm.2009.069849 :The effect of three different levels of footwear stability on pain outcomes in women runners: a randomised control trial
Michael B Ryan, Gordon A Valiant, Kymberly McDonald, Jack E Taunton
http://bjsm.bmj.com/content/early/2010/06/26/bjsm.2009.069849.abstract

RunBlogger: The Pronation Control Paradigm is Starting to Crumble: Review of a Study in the British Journal of Sports Medicine,22nd July 2010
http://www.runblogger.com/2010/07/pronation-control-paradgim-is-starting.html

The New York Times: Do Certain Types of Sneakers Prevent Injuries, 21st July 2010
http://well.blogs.nytimes.com/2010/07/21/phys-ed-do-certain-types-of-sneakers-prevent-injuries/

Br J Sports Med 2014;48:440-447 doi:10.1136/bjsports-2013-092202 :Foot pronation is not associated with increased injury risk in novice runners wearing a neutral shoe: a 1-year prospective cohort study Rasmus Oestergaard Nielsen1,2Ida Buist3, Erik Thorlund Parner4, Ellen Aagaard Nohr5,Henrik Sørensen1, Martin Lind6, Sten Rasmussen2

http://bjsm.bmj.com/content/48/6/440.abstract

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Une réponse

  1. Martin 3 décembre 2015

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