Anti-inflammatoires : sont-ils bons pour la santé du coureur à pied ?

Pas rare de voir la prise d'anti-inflammatoires conseillée sur les réseaux sociaux pour aider à la performance... Mais est-ce réellement efficace et bon ?
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Champions de l’auto-médication en France, nous avons pu observer, dans divers groupes de coureurs sur les réseaux sociaux, de nombreuses recommandations de prises d’anti-inflammatoires à tout va par des non professionnels de la santé.

Non sans conséquences pour notre organisme, les anti-inflammatoires sont un peu comme les antibiotiques, ils ne sont pas automatiques et on vous explique pourquoi.


 

Les anti-inflammatoires, trop souvent utilisés à tort et à travers dans la course à pieds

 

Qu’est-ce qu’un anti-inflammatoire ?

Nous parlerons ici des anti-inflammatoires non-stéroïdiens, et non pas des corticoïdes.

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont des médicaments symptomatiques, qui n’agissent pas sur la cause. Ils sont utilisables quand l’inflammation, processus normal de défense contre les agressions, devient gênante, notamment à cause de la douleur mais ne peuvent soigner une blessure.

Pour situer simplement quels sont les anti-inflammatoires dits non-stéroïdiens, nous prendrons les deux exemples les plus connus que sont l’aspirine et l’ibuprofène mais de nombreuses autres molécules existent et ont sensiblement les mêmes propriétés médicales.

Des pillules, des pillules, des pillules ! :O

 

Pourquoi les coureurs se « dopent » aux anti-inflammatoires?

Les effets recherchés par les coureurs en règle générale par le biais de ces médicaments sont :

  • En cas de blessures ou de douleurs, empêcher ou retarder cette sensation de douleur afin de pouvoir pratiquer ou terminer son entrainement , ou sa course.
  • Empêcher ou retarder une douleur qui pourrait apparaitre sur une course mais aussi mieux performer. Fortement utilisé pour des distances comme le marathon ou les ultras.
  • Empêcher ou retarder les effets des crampes sur l’organisme et améliorer sa performance

Ces médicaments étant pour la plupart disponible sans ordonnance, l’automédication de la part des coureurs pour atteindre ces divers objectifs est-elle une bonne chose ?

 

Etudes scientifiques vs effets recherchés par le coureur

 

Dans le cadre d’une blessure ou de douleurs

Une étude[1] met en avant un impact plus bénéfique sur les muscles et les ligaments que sur les tendinopathies et les fractures mais que des effets négatifs importants sont à noter sur les reins et le système gastro-intestinal.

La question se pose donc : votre blessure, votre douleur ne peut elle pas être prise en charge par un autre moyen afin d’éviter de malmener reins et intestins ?

 

Avec objectif de retarder la douleur pour augmenter sa performance

Plusieurs études ont été réalisées et nous donnent un vision objective de l’effet de la prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS).

Une étude réalisée en 2012 [2] apporte des résultats contrastés : la prise d’AINS permettrait d’augmenter la performance essentiellement en termes de durée d’efforts. Cette consommation augmenterait de manière significative le risque de blessure mais surtout engendrerait une inhibition des processus de guérison ainsi qu’une inhibition du ressenti. En retardant la sensation de douleurs, ils permettraient aux coureurs d’augmenter leurs entrainements au détriment des tissus qui se trouveraient encore plus fragilisés car les coureurs ne reçoivent la bonne information musculaire.

Une autre étude [3] arrive sensiblement aux mêmes conclusions en mettant en avant que la prise d’ibuprofène facilite la réalisation de courses longues distances mais au détriment de l’adaptation des muscles empêchant ainsi une réelle recherche de performances pour le coureur. Celui-ci se fatigue moins vite mais court moins bien.

 

Sur les effets des crampes sur l’organisme

Une étude[4] sur les effets de l’anti-inflammatoire non stéroïdien le plus connu (l’ibuprofène) a confronté 2 groupes de coureurs masculins (20 coureurs au total) : un groupe « ibuprofène » , un groupe « placebo » mis dans des situations de stress musculaire via un protocole isocinétique. Le résultat montre que l’ibuprofène ne réduit pas l’effet des dommages musculaires sur la douleurs et la performance.

 

Conclusion

Les effets bénéfiques de l’utilisation d’un anti-inflammatoire non stéroïdien sont assez limités et surtout augmenteraient le risque de blessures du coureur.

Une étude[5] a, par ailleurs, montré que l’inflammation était un processus sans effets sur la résistance à la rupture des tendons intacts mais essentiellement une réaction naturelle du corps dans le processus de récupération et un signal de prévention du corps dans le but de vous inviter à la récupération.

Camoufler via les AINS cette douleur semble donc plus dangereux que bénéfique dans votre pratique.

 

Fitmyrun articulation douleurs: young sport man with athletic legs holding knee in pain sufferin

Aurait-il évité la blessure s’il n’avait pas pris d’anti-inflammatoire ?

Les recommandations pratiques

La prise d’AINS n’est pas anodine mais au final les recommandations à suivre sont plutôt simples.

 

Vous n’êtes pas blessé

Pas besoin de prendre d’anti-inflammatoires.

Alors oui vous allez pouvoir performer plus, en terme de distance parcourue, mais à quel prix ? Avez-vous envie de risquer de vous blesser ou de vous créer une pathologie grave ?

La prise d’AINS va vous permettre de performer (et encore…) sur une course au détriment de votre carrière de coureurs. Si nous pouvons comprendre cet envie de finir une course mythique ou d’améliorer son temps sur une notre course préférée, il n’y a qu’une méthode efficace : l’entrainement, la progressivité et la patience.

Il serait dommage de performer sur une course pour ensuite mettre en péril sa pratique de la course à pieds à long terme surtout au vu des risques encourus : blessures musculaires, fractures en tout genre, tendinopathies, problèmes rénaux ou d’autres problèmes tout aussi graves.

 

Vous ne voulez pas avoir de courbatures

Pas besoin de prendre d’anti-inflammatoires.

Comme vu précédemment, les anti-inflammatoires non-stéroïdiens ne vous seront pas d’une grande aide pour cet objectif là ! Même si c’était le cas, pourquoi vouloir combattre des courbatures?

Elles sont la résultante naturelle de votre effort et sont nécessaires à l’écoute de votre corps. Si vous pensez avoir beaucoup trop de courbatures régulièrement, il se peut que soit vous intensifiez trop vos efforts de manière non progressive, ou que vous ne pratiquiez pas assez régulièrement une activité ce qui provoque une inflammation plus importante des cellules qui ne sont pas habituées à être sollicitées.

Une fois de plus, la clé reste l’entrainement, la progressivité et la patience.

 

Vous êtes blessé

Une seule recommandation : consulter un médecin compétent.

Il se peut que vous ayez besoin, pour une période généralement courte, d’anti-inflammatoires non stéroïdiens, mais ce n’est pas automatique. Si votre médecin vous prescrit à tout va des anti-inflammatoires alors il est peut-être temps de songer à réfléchir à la possibilité de tester un nouveau professionnel de santé connaissant toutes ces études et prêt à approfondir la chose sur votre cas précis.

 

 

Coureurs, avant de prendre des anti-inflammatoires, apprenez à croire en votre corps!

Vous l’aurez donc compris, la prise d’anti-inflammatoires ne doit pas être une solution à tous vos maux ou bien encore à des fins de performance. Votre santé vaut de l’or et il semble bien plus cohérent de savoir écouter son corps lorsqu’il a besoin d’exprimer une douleur, une gêne.

Notre organisme est bien fait et les signaux d’alarmes qu’il tire parfois sont le signalement d’une problématique plus ou moins grave à laquelle il faut prêter attention. L’auto-médication à base d’AINS vous empêche de déceler ces signaux et donc de prévenir plutôt que de guérir.

Les AINS sont à consommer avec très grande modération et pour de bonnes raisons.

Visuel profil coureur Fitmyrun


 

[1]Katy Fader Lilly Woodbury Family Practice, Newington, NH, Athletes, NSAID, coxibs, and the gastrointestinal tract, 2010
[2] Siu P. M, Tam S. K, Lau P. W, Wong S. H, Association of non-steroidal anti-inflammatory drug use and self-reported running performance in recreational marathon runners, 2012
[3] Machida M1, Takemasa T. Ibuprofen administration during endurance training cancels running-distance-dependent adaptations of skeletal muscle in mice, 2010
[4]Da Silva E1, Pinto RS, Cadore EL, Kruel LF.Nonsteroidal anti-inflammatory drug use and endurance during running in male long-distance runners. 2015
[5] Marsolais D, Duchesne E, Côté CH, Frenette J, Inflammatory cells do not decrease the ultimate tensile strength of intact tendons in vivo and in vitro: protective role of mechanical loading. 2007
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