Vous en avez sûrement déjà tous, et surtout toutes, entendu parler de ce modèle créé uniquement pour les Femmes. La Adidas Pure Boost X se veut être une chaussure pleine d’énergie, fabriquée sur mesure pour vous mesdames et uniquement pour vous !
Sur le papier cela semble intéressant, effectivement contrairement à tous les autres modèles existants, ce dernier se veut partir du profil type d’une femme plutôt que de partir sur un moule homme.
Il est vrai que le marché de la course à pieds se féminise à grande allure et qu’il est tout à fait normal de changer un peu les codes et de partir enfin sur des modèles au moule féminin.
Néanmoins, ce modèle ne vendrait-il pas, comme beaucoup d’autres, du rêve à n’en plus finir à ces futures acheteuses ?
Nous avons décortiqué, sans langue de bois, les « atouts » avancés par la marque aux 3 bandes lors de la sortie de ce modèle « unique ».

Adidas Pure boost X - Photo par joliefoulee.fr
Adidas Pure Boost X, atouts mis en avant et réalité !
La communication (parfaite d’un point de vue marketing) d’Adidas s’articule autour de 3 axes :
- L’arche de pied particulière commune à toutes les femmes
- L’ultime chaussure féminine pour les 10 km
- Le retour d’énergie important généré par la chaussure
Les femmes ont toutes une arche de pied prononcée?
Élément marquant de la Pure Boost X : un « trou » dans le mesh
L’objectif est, selon la marque aux trois bandes, d’épouser parfaitement le pied de la femme qui possède une arche beaucoup plus prononcée que celle de l’homme.
Dans un sens, la marque allemande n’a pas totalement tort quand elle utilise cet argument…mais la réalité est plus complexe que l’élément mis en avant par Adidas.
Plusieurs études sont parues concernant ce sujet , elles ont démontré que le pied d’une femme différait de celui de l’homme en ayant, généralement, un talon et un pied plus étroit mais plus haut que celui d’un homme.[1] [2]
Kate Bednarski, une bio-mécanicienne, a également prouvé dans une étude que les coureuses compétitrices de hauts niveau, courant plus de 80 kms par semaine, possèdent une arche plus élevée, et un talon plus étroit que ceux des autres femmes. Selon elle, plus l’arche est haute, plus la chaussure va avoir besoin d’être flexible afin de laisser au pied le potentiel d’exercer tout son travail d’amortisseur.
Imaginons maintenant un peu ce que propose Adidas, une chaussure adaptée pour les femmes et spécifiquement pour elles avec un trou dans le mesh pour la hauteur de leur arche et posons nous les questions suivantes :
- Comment va faire une femme avec les pieds plats ou trés peu cambrés ?
- Comment savoir que cette proposition commerciale me conviendra si j’ai une arche très haute ou très basse ?
Une autre question se pose :
Pourquoi est-ce si important qu’un tissu vienne maintenir mon arche de pieds lors de ma course alors qu’il a été prouvé que le pied se doit d’être libre afin de pouvoir exercer son rôle principal d’amortisseur ?
En effet, le tissu utilisé par Adidas pour soutenir l’arche très prononcée des femmes aurait plutôt un effet négatif sur votre course. Des études (comme cet article) montrent que tout renfort à ce niveau empêche le pied de profiter de son élasticité naturelle, élasticité qui s’avère être indispensable dans le cadre d’une approche économique ( économie physique) et performance de la course à pieds.
Si l’idée principale (proposer un moule de chaussure féminin) est à saluer, le discours commercial de la marque est sur cet élément très exagéré et ne prend pas en compte les données médicales probantes actuelles. Dommage!
Une chaussure faite pour une distance de 10 kms ?
L’autre argument de l’équipementier allemand est que cette chaussure est exclusivement réservée aux runneuses qui pratiquent une distance maximale de 10 kms.
Une fois de plus, nous faisons face à une question existentielle :
Selon quelle règle une chaussure serait-elle limitée dans les kms qu’elle parcourt sur une sortie ?
Il est vrai que quand on écoute les magazines running, les argumentaires des marques ont a l’impression que c’est un fait avéré et que votre corps risque de subir des sévères blessures si vous vous lancez dans un semi marathon avec une paire de chaussures dédiée aux 10km.
Bref, nous allons partir sur ces deux postulats et regarder un peu les conclusions d’une étude de Richards, Magin et Callister parue en 2008 titrée « Est-ce que la recommandation de vos chaussures de course en fonction de la distance est scientifiquement fondée ? »[3] :
- Un des facteurs les plus importants dans le risque de blessure d’un coureur est sa vitesse de force d’impact au sol. Dans ce cas-là, on pourrait penser que l’amorti pourrait jouer un rôle protecteur suffisant, cependant les diverses études doutent de l’efficacité de l’amorti (cf notre article : l’amorti, un confort malsain?)
- Les chaussures de course à pied avec fort amorti diminuent la proprioception et engendrent donc une diminution de capacité d’un coureur à amortir un choc correctement, ce qui peut engendrer un plus grand risque de blessures.
- Les experts en sont venus à une conclusion unanime : il n’y a aucune évidence scientifique prônant un amorti plus ou moins conséquent en fonction des distances parcourues et afin de prévenir les blessures.
Il n’y a donc aucune logique à parler de chaussures pour une distance spécifique!
Ajouté à cela, si l’on considère que l’arche de pied des coureuses de plus de 80km par semaine est plus prononcée, l’atout principale de la chaussure (Adaptation à l’arche prononcée des femmes), il n’y a aucune logique à recommander une telle chaussure pour des coureuses de 10kms maximum par sortie car celles ci n’ont, en théorie, pas une arche de pied suffisamment prononcée pour ce modèle.
Adidas tombe ici dans l’argumentation commerciale classique mais obsolète… Dommage pour une marque qui a fait un début de travail de profilage intéressant.
Une chaussure peut-elle « produire » de l’énergie ?
On vous le dit directement, la réponse est NON!
La loi de la conservation de d’énergie est claire la dessus : Aucun système ne peut créer ou détruire de l’énergie, elle peut seulement être transformée.
Dire que toute l’énergie est dissipée serait également une erreur, mais une très grande partie est transformée en chaleur et la chaleur ne vous permet pas de rebondir davantage;)
Quand bien même les marques nous vendent du rêve concernant ce « retour d’énergie », le directeur running d’Adidas lui-même s’exprime sur le sujet en disant :
Rien que je n’ai pu voir produit un retour d’énergie positif
Discours identique de son confrère de chez Saucony s’exprimant sur la technologie « Everun » (ayant sensiblement les mêmes soit disant avantages) :
Nous n’allons pas avancer que les chaussures équipés de « Everun » vont réduire le coût énergétique lors de la pratique d’un coureur.
Ce que veulent dire les marques, par des moyens détournés pour faire croire à l’impossible, c’est que de tels matériaux permettent de réduire la quantité d’énergie perdue par la chaussure.
Cependant, une seule technologie ne peut suffire pour dire qu’une chaussure a une capacité à ne pas perdre « trop » d’énergie. En effet d’autres facteurs sont à considérer, tels que la flexibilité d’une chaussure, son poids, son nombre de technologies de contrôle de foulée et stabilité, son drop mais également des facteurs provenant directement de votre pratique personnelle tels que votre fréquence de pas, la manière dont vous posez le pied lors de votre attaque, votre gestuelle du bas et haut du corps.
Vous l’aurez donc compris, les beaux discours marketing autour du retour d’énergie ne sont qu’une partie très infime de l’iceberg et ne sont pas des remèdes miracles pour une meilleure pratique ou une réduction des risques de blessures.
De plus, une autre question se pose : En quoi une chaussure qui vous ferait rebondir serait-elle meilleure ?
Le but de la course à pied n’est-elle pas d’avancer horizontalement et non pas verticalement ? Nous courons pour avancer pas pour aller plus haut et de nombreux athlètes travaillent chaque jour pour limiter au maximum leur oscillation verticale pour améliorer leurs performances.
Sur ce point, nous sommes à la limite du mensonge mais là encore beaucoup de marques utilisent cet élément qui fait vendre à défaut d’être réel.
La Adidas Pure Boost X : une chaussure adaptée à certains profils de femmes
Loin de nous l’idée de dire que cette chaussure est une mauvaise chaussure, nous pouvons même aller plus loin en vous disant que l’idée de base nous a séduite malheureusement le discours derrière nous déçoit.
Ce que nous avons voulu démontrer dans cet article, c’est que les marques consacrent des budgets très importants dans la communication afin de faire croire un peu tout et n’importe quoi aux « consom’acteurs ».
Pourquoi une telle dénomination ? Tout simplement parce que le discours fonctionne trop bien sur de nombreuses personnes, plus ou moins influentes, qui vont retranscrire le discours de la marque mot pour mot et en se persuadant ressentir les soit disant promesses d’un tel modèle. En quelque sorte, nous avons à faire à une sorte « d’effet placebo » qui peut avoir des conséquences fâcheuses pour la pratique des runneuses à court, moyen ou long terme.
La Adidas Pure Boost X reste une excellente chaussure pour certains profils, nous l’avons déjà recommandée dans de nombreux cas précis.
La problématique reste identique pour de très nombreux cas similaires, ce n’est pas parce que le modèle « x » convient à l’influente « Céline » qu’il conviendra à son amie « Elodie ». On vous le rappelle, le plus important c’est de faire correspondre les bons modèles aux bons profils.
[1] Wunderlich RE, Cavanagh PR, Gender differences in adult foot shape: implications for shoe design, 2001
[2] Luo G, Houston VL, Mussman M, Garbarini M, Beattie AC, Thongpop C, Comparison of male and female foot shape, 2009
[3]C E Richards1,2, P J Magin1,R Callister2, Is your prescription of distance running shoes evidence-based?, 2008